Livraison du plus grand modèle de langue multilingue « open science » jamais entraîné

Communiqué de presse Numérique

S’ils fournissent régulièrement des résultats fascinants, les grands modèles d’intelligence artificielle sont généralement des boîtes noires : on ne sait pas exactement comment ils calculent leurs réponses et de nombreux éléments ne sont pas rendus publics. Le projet BigScience, impliquant un millier de chercheurs et chercheuses, notamment de l'Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires (IRISA, CNRS/Université Rennes 1), dans une démarche de science participative et ouverte, change la donne avec « Bloom ». Il s’agit du plus gros modèle de langue multilingue entrainé de manière complètement ouverte et transparente. Ce type d’intelligence artificielle apprend simultanément un modèle de génération de textes et un modèle de représentation de textes en effectuant de manière répétitive une tâche élémentaire : prédire le prochain mot d’un texte dont on connait le début, à la manière de ce que font les claviers « intelligents ». En plus de gérer 46 langues, allant de l’anglais au basque, son caractère open science aidera les scientifiques de tous horizons à explorer le fonctionnement des modèles de langue pour les améliorer. Le projet BigScience, initié par l’entreprise Hugging Face, a été soutenu par le CNRS, GENCI et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ce qui a permis d’entraîner Bloom sur la machine « Jean Zay », un des plus puissants supercalculateurs d’Europe.

Les modèles de langue sont des intelligences artificielles dont les premières applications concernent les textes en langue naturelle : réponses à des questions, génération automatique de phrases, détection de « sentiments », résumé et simplification automatiques ou encore traduction automatique. Généralement conçus par des géants des nouvelles technologies, la plupart des modèles existants ont été entrainés seulement avec des textes écrits en anglais et selon des principes et méthodes difficiles à reproduire dans tous leurs détails. Il n’est par exemple pas possible de savoir, lorsqu’un modèle répond à une question, si la réponse est le fruit d’un calcul ou si la réponse figurait déjà dans ses bases de données d’apprentissage.

Le projet BigScience a été initié au printemps 2021 par la start-up franco-américaine en intelligence artificielle Hugging Face, pour remédier à ces problèmes en entraînant un nouveau modèle : Bloom. Il apprend à partir de grands corpus de textes, en utilisant un principe simple, qui consiste à prédire à compléter des phrases, mot après mot. Chaque prédiction du modèle est comparée avec le mot correct, ce qui permet d’ajuster les paramètres internes du modèle. Dans le cas de Bloom, l’apprentissage est réalisé en évaluant des milliers de milliards de mots, conduisant à un modèle qui contient 176 milliards de paramètres. Cet apprentissage a duré plusieurs mois, nécessitant des centaines de processeurs graphiques (GPU) tournant en parallèle, soit l’équivalent de 5 millions d’heures de calcul. Une telle puissance de calcul ne peut être obtenue que sur des supercalculateurs comme la machine Jean Zay.