Anne-Charlotte Vaissière
Anne-Charlotte Vaissière, chargée de recherche CNRS au laboratoire Écosystèmes, biodiversité, évolution (ECOBIO – CNRS/Université de Rennes), déploie une recherche interdisciplinaire à la croisée de l’économie écologique, de la biologie de la conservation et de l’écologie de la restauration.
Par une approche intégrant l'économie écologique à d'autres disciplines, elle analyse les relations complexes entre sociétés et écosystèmes. « Ce qui m'intéresse, c'est d'identifier les freins et leviers dont disposent les acteurs pour lutter contre l'érosion de la biodiversité », explique-t-elle. Cette perspective guide l'ensemble de ses travaux, tournés vers l'efficacité réelle des politiques publiques de protection de la biodiversité, mais également vers leurs limites.
Ses recherches sur la compensation écologique, basée sur le principe du « détruire ici, restaurer ailleurs », révèlent dans la pratique des obstacles majeurs, tant écologiques qu'organisationnels. Les dispositifs actuels, souvent fragmentés et mal coordonnés sur le territoire, peinent à atteindre leurs objectifs. Elle analyse des approches anticipées et mutualisées, comme les sites naturels de compensation, de restauration et de renaturation (SNCRR) en France, en soulignant les défis que représente leur mise en œuvre territoriale.
Elle a contribué à l’élaboration d'INVACOST, la première base de données mondiale recensant les coûts économiques des invasions biologiques. Cette démarche se distingue par son exigence méthodologique, en ne retenant que les coûts réellement dépensés ou subis par les acteurs, qu'ils soient agriculteurs, gestionnaires d'espaces naturels ou services de l'État, afin d’alerter sur l'importance de ce facteur d'érosion de la biodiversité et orienter la décision vers des politiques de prévention. Elle travaille également sur les translocations conservatoires1
, en cherchant à mieux comprendre ce que ces opérations coûtent réellement et quels obstacles freinent leur mise en œuvre, que ce soit pour protéger une espèce menacée ou pour réparer un impact causé par un projet d'aménagement.
- 1 déplacement volontaire d’individus d’une espèce d’un site à un autre à des fins de conservation, avec pour objectif d’atteindre la viabilité de la population restaurée ou introduite.
Membre du Conseil scientifique de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) ou encore de plusieurs aires protégées bretonnes, elle concilie recherche fondamentale et dialogue avec les acteurs de terrain. Le projet qu’elle co-conduit en ce moment sur la forêt de la Corbière (Espace Naturel Sensible en Ille-et-Vilaine) illustre cette conviction, en étudiant les conditions d’une libre évolution des écosystèmes, tout en prenant en compte les attentes de la société.
La médaille de bronze du CNRS 2026 récompense des travaux qui offrent des pistes concrètes pour concilier préservation de la biodiversité et activités humaines dans la mesure du possible, à un moment où les pressions sur les écosystèmes atteignent des niveaux inédits. « Cette distinction dépasse pour moi la reconnaissance individuelle, explique-t-elle, elle donne un peu de visibilité à une branche de l'économie qui n'est aujourd'hui pas la plus représentée.»