Au cœur du One Health Summit, l’apport des sciences humaines et sociales pour une santé globale
Le Centre de recherche en économie et management (CREM, CNRS/Université de Rennes/ Université de Caen Normandie) s’est distingué lors du One Health Summit, tenu à Lyon du 5 au 7 avril 2026. Josselin Thuilliez, économiste de la santé et membre du CREM, a activement contribué aux travaux des groupes transversaux en sciences humaines et sociales, soulignant l’importance d’une approche intégrée pour relever les défis sanitaires mondiaux.
Le One Health Summit, inspiré par le modèle du GIEC, a réuni des acteurs internationaux pour définir des recommandations scientifiques concrètes face aux crises sanitaires et environnementales. L’approche « One Health » (OH) — qui lie santé humaine, animale et environnementale — y a été au centre des débats, avec quatre enjeux majeurs : les maladies zoonotiques1 , la résistance aux antibiotiques, les systèmes alimentaires durables et l’exposition aux pollutions.
Deux groupes transversaux ont été mis en avant lors du sommet. Après trois mois de concertation entre experts et expertes du domaine, des recommandations ont été formulées et commentées par des experts et expertes internationaux lors du congrès (voir encadré pour les membres du Groupe SHS). Le CNRS était représenté à ce congrès scientifique via la participation de Josselin Thuilliez, spécialiste des enjeux économiques liés à la santé au CNRS, qui a modéré une session dédiée à la restitution des résultats des deux groupes transversaux en sciences humaines et sociales.
Le premier groupe s’est concentré sur les données nécessaires pour permettre la mise en œuvre de l’approche One Health, proposant 5 recommandations clés :
- Libérer la valeur des données existantes pour la prévention et la sécurité sanitaire mondiale.
- Renforcer la convergence des données OH pour transformer les jeux de données existants en connaissances actionnables.
- Promouvoir l’interopérabilité progressive entre les systèmes de données existants, tout en respectant pleinement la souveraineté nationale sur les données, les cadres juridiques, les exigences de confidentialité et les normes éthiques.
- Développer des normes de métadonnées partagées, des identifiants communs, des vocabulaires interopérables et des architectures de données fédérées, améliorant la visibilité et l’utilisation analytique entre secteurs.
- Démontrer l’impact par une coopération pratique et des initiatives pilotes : développer des indicateurs transversaux, renforcer les catalogues de métadonnées et tester des outils analytiques capables d’intégrer les données environnementales, animales et humaines.
Le second groupe, intitulé « Les sciences humaines et sociales pour comprendre et agir sur les challenges sociétaux du One Health », vise à renforcer la gouvernance multisectorielle et l’interdisciplinarité, en intégrant les savoirs locaux et les inégalités sociales dans les politiques publiques ainsi que le développement d’outils d’aide à la décision, adaptés aux acteurs locaux. Quatre recommandations sont issues des concertations de ce groupe :
- Reconnaître les contextes socio-écologiques locaux (zones rurales, périurbaines, quartiers défavorisés) comme des niveaux stratégiques pour l’évaluation, la conception, l’expérimentation et la gouvernance des politiques OH, en développant des mécanismes de gouvernance intersectoriels et multi-niveaux (de l’individuel au collectif) avec des mandats clairs.
- Intégrer systématiquement la réduction des inégalités sociales, territoriales et de genre dans la conception et la mise en œuvre des politiques OH, en particulier dans les contextes de crises multiples.
- Développer une gamme d’outils d’aide à la décision adaptés aux différents utilisateurs finaux — décideurs, instances de gouvernance territoriale, professionnels de santé, organisations communautaires et grand public — intégrant des données scientifiques, des savoirs locaux, des déterminants comportementaux et des pratiques sociales, en particulier dans les stratégies de prévention et de vaccination, et en veillant à ce que ces outils soient accessibles, adaptables et ancrés dans des contextes locaux divers.
- Clarifier et formaliser les fondements éthiques de l’approche OH en intégrant les enjeux de justice sociale, environnementale et épistémique dans la gouvernance, les cadres juridiques et la gestion des crises.
Le sommet a par ailleurs souligné l’urgence d’agir collectivement pour prévenir les crises sanitaires futures. Les principaux messages retenus incluent la nécessité de briser les silos entre disciplines et secteurs, de renforcer la surveillance intégrée des maladies infectieuses, de promouvoir des systèmes alimentaires durables et de réduire les pollutions à la source. Les sciences humaines et sociales y jouent un rôle clé : elles garantissent que les politiques soient non seulement fondées sur des données scientifiques, mais aussi équitables, inclusives et coconstruites avec les communautés locales.
Aller plus loin avec :
- La synthèse des recommandations du sommet
- Cet article du CNRS : la collaboration internationale renforce nos stratégies de santé
- 1Les maladies zoonotiques sont causées par un virus, une bactérie ou des parasites et sont transmises aux humains par des animaux ou des insectes.
Les membres du groupe transversal « Les sciences humaines et sociales pour comprendre et agir sur les challenges sociétaux du One Health »
Les Panelistes :
Josselin Thuilliez (CNRS), Salomé Bukachi (University of Nairobi, OHHLEP member), Pikka Jokelainen (Statens Serum Institut)
Les participants au Groupe transversal « Les sciences humaines et sociales pour comprendre et agir sur les challenges sociétaux du One Health » :
• Katie Attwell : professeure associée en sciences politiques et politiques publiques à l'Université de Western Australia, où elle dirige le VaxPolLab. Elle est une experte mondiale en hésitation vaccinale et en politiques de vaccination pour les vaccins pédiatriques et COVID-19.
• Aurélie Binot : anthropologue et agronome, chargée de mission Science et société au Cirad et directrice adjointe de la Maison des Sciences et des Humanités "Savoirs Unis pour un autre Développement" (CNRS/Université de Montpellier/Université de Montpellier Paul Valéry). Elle se concentre sur les approches One Health et les projets de recherche participative sur les sols.
• Éric Cardinale : Directeur scientifique Santé animale et Bien-être animal à l’ANSES. Ancien chercheur du CIRAD (Afrique, Océan Indien). Coordinateur du groupe de travail inter-agences One Health et du colloque scientifique du Sommet présidentiel One Health.
• Marion Di Ciaccio : chaire de professeure junior de l’IRD, laboratoire Sciences économiques et sociales de la santé & traitement de l’information médicale (SESSTIM, IRD/AMU/Inserm). Chercheuse spécialisée en psychologie sociale de la santé, avec une expertise en santé mondiale et en réduction des inégalités sociales et territoriales de santé.
• Sophie Drogue : économiste, ingénieure de recherche INRAE au laboratoire MoISA (Inrae/Cirad/IRD/Institut Agro/ CIHEAM Montpellier). Elle travaille sur la relocalisation de l’alimentation et les questions de souveraineté alimentaire.
• Marie Gaille : directrice de recherche au CNRS au laboratoire République des savoirs : Lettres, Sciences, Philosophie (CNRS/Collège de France/ENS PSL). Philosophe spécialisée dans l’analyse critique et normative de la relation entre santé, médecine et environnement et la décision médicale aux seuils de la vie, elle a été directrice de l’INSHS au CNRS et a publié plusieurs ouvrages, dont Pathologies environnementales et Santé et environnement.
• Sébastien Gardon : ISPV Docteur en science politique, responsable SHS à VetAgro Sup et chercheur au sein du laboratoire Territoires (AgroParisTech/INRAE/ UCA/VetAgro Sup). Ses recherches se concentrent sur la sociologie de l’action publique et la gouvernance des politiques sanitaires.
• Emmanuel Henry : professeur à l'Université Paris Dauphine-PSL au sein du laboratoire Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (CNRS/Inrae/Université Paris Dauphine-PSL), sociologue et politiste, spécialisé dans la régulation des produits toxiques et l'impact de la science et de l'expertise sur les décisions publique.
• Brice Laurent : chercheur au Centre de sociologie de l'innovation de Mines ParisTech et directeur de la Direction sciences sociales, économie et société à l'ANSES. Ses travaux portent sur les relations entre innovation et démocratie, notamment sur les technologies émergentes et les enjeux politiques de la régulation. Brice Laurent a été nommé en 2022 pour créer et diriger la direction des analyses sociales, économiques et d'ouverture à la société à l'ANSES, afin d'intégrer les dimensions sociales et politiques dans l'évaluation des risques.
• Albert Maillet : Conseiller de la directrice générale de l'ONF. Ingénieur général des Ponts, des Eaux et des Forêts et directeur des Forêts et des risques naturels à l'ONF.
• Nelly Parès : enseignante-chercheuse en sociologie de l'environnement, chercheuse du Museum national de l’histoire naturelle au Centre d'écologie et des sciences de la conservation (CNRS/MNHN/Sorbonne Université). Elle s'intéresse à la valorisation des forêts, notamment dans les forêts méditerranéennes françaises, en explorant les hybridations entre économie et écologie.
• Marie Préau : Directrice du laboratoire Reshape (Inserm/Université de Lyon). Professeure de psychologie sociale de la santé à l'Université Lumière Lyon 2, spécialisée autour des enjeux psychosociaux de la prévention et la prise en charge des maladies chroniques. Coordinatrice scientifique d’un projet PIA Excellence autour du One Health (Shape Med @ Lyon).
• Yann Philippe Tastevin : chargé de recherche du CNRS au laboratoire international Environnement, santé, sociétés (CNRS/CNRST/Université Cheikh Anta Diop/Université de Bamako/Université Gaston Berger), anthropologue, spécialisé dans les enjeux socio-écologiques du recyclage des déchets et les circulations technologiques sud-sud. Il coordonne l’observatoire écocitoyen pour la connaissance des pollutions au Sénégal.
• Mari Saez Almudena : anthropologue de la santé et chargée de recherche à l'IRD, spécialisée dans l'étude des interactions homme-animal-environnement et des maladies émergentes, notamment en République Démocratique du Congo.
• Arlette Simo Fotso : chargée de recherche de l’INED, économiste-démographe et chercheuse spécialisée dans les liens entre santé, environnement et inclusion sociale dans les pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne.
• Josselin Thuilliez : directeur de recherche au CNRS au Centre de recherche en économie et management (CREM, CNRS/Université de Rennes/ Université de Caen Normandie), spécialisé en économie du développement et de la santé, avec une expertise en capital humain et économie épidémiologique. Il travaille notamment sur l'impact des politiques de santé en Afrique et en Europe.