Des antibactériens pour limiter les syndromes inflammatoires de l’intestin

CNRS le journal Science et société Chimie

Certaines enzymes du microbiote intestinal s’attaquent aux sucres qui protègent l’intestin. Une équipe nantaise développe des molécules capables d’inhiber ces enzymes, comme traitements potentiels des maladies inflammatoires de l’intestin.

L’équipe mène un combat vieux comme la médecine moderne. « Nous développons de nouvelles voies pour traiter les infections bactériennes, explique Sébastien Gouin, directeur de recherche CNRS au laboratoire Chimie et interdisciplinarité, synthèse, analyse, modélisation1. Actuellement, ces maladies sont encore principalement prises en charge par des antibiotiques, malgré l’émergence croissante de résistances. Il est donc essentiel de développer des stratégies de traitement alternatives, contre lesquelles les bactéries seraient moins susceptibles de développer des mécanismes de résistance. »

Travaux précédents : des molécules antiadhésives contre Escherichia coli

« Dans une première étude, menée avec nos collègues Nicolas Barnich et Adeline Sivignon de l’unité Microbes, intestin, inflammation et susceptibilité de l’hôte2 nous avions développé des molécules capables d’empêcher les bactéries E. coli de s’accrocher aux cellules, poursuit Sébastien Gouin. Le principe consiste à utiliser des molécules qui bloquent des récepteurs bactériens qui adhèrent à des sucres spécifiques situés à la surface des cellules intestinales. Nos résultats montrent que cette stratégie antiadhésive, précédemment évaluée pour le traitement des infections urinaires, pourrait également s’appliquer aux maladies inflammatoires de l’intestin. Nos partenaires du laboratoire M2iSH ont en effet montré que le décrochage des bactéries du tractus intestinal permet de réduire les symptômes inflammatoires dans un modèle murin de maladie de Crohn. Les résultats de cette première étude nous ont encouragés à développer des alternatives thérapeutiques aux antimicrobiens classiques. »

Limiter la prolifération d’E. coli 

L’équipe de chercheurs s’intéresse maintenant à une stratégie alternative pour limiter le développement d’E. coli pathogènes intestinales où les mucines jouent un rôle essentiel. Les mucines constituent le composant principal du mucus intestinal, jouant un rôle vital de régulation et de protection. Les mucines sont des glycoprotéines gélifiantes, exposant à leur surface une famille de sucres, les acides sialiques, avec principalement l’acide N-acétylneuraminique (Neu5Ac). Certaines espèces bactériennes du microbiote intestinal produisent des sialidases, des enzymes capables de cliver le Neu5Ac de la surface du mucus.

« Des travaux précédents montrent qu’une activité excessive des sialidases favorise le développement d’E. coli dans l’intestin, qui utilisent Neu5Ac comme source de nutriment, détaille Sébastien Gouin. De fait, certaines souches d’E. coli pathogènes sont surreprésentées dans la maladie de Crohn et jouent sur la sévérité de l’inflammation de l’intestin. Nous avons donc émis l’hypothèse qu’en inhibant les sialidases intestinales, nous pourrions restaurer un microbiote normal et diminuer cette inflammation. » 

  • 1

    CEISAM, CNRS/Nantes Université

  • 2

    M2iSH, Inserm/Université Clermont Auvergne/INRAE

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