Et si les transitions s'apprenaient ?

Résultat scientifique Sciences humaines et sociales

Pourquoi les transitions écologiques et sociétales peinent-elles à devenir effectives ? Coordonnée par Valérie Billaudeau, maîtresse de conférences au laboratoire Espaces et Sociétés (ESO, CNRS / Université d’Angers / Institut Agro / Le Mans Université / Nantes Université / Université Caen Normandie / Université Rennes 2), une étude menée pendant plus de deux ans dans trois territoires des Pays de la Loire montre que les innovations sociales sont un véritable moteur de changement : robuste mais complexe. Ces innovations sociales s’ancrent dans les apprentissages collectifs qui se construisent grâce à la coopération, à la formation et à la démocratie locale. En faisant du documentaire un outil scientifique, cette recherche renouvelle la manière d'observer les transformations territoriales.

Les transitions commencent par les relations humaines

« Les risques de dérèglement s'aggravent mettant déjà trop de personnes en situation de vulnérabilité dans le monde. » Cette phrase au début du documentaire Transitions au long cours (48 mn, 2025) fait référence aux alertes répétées du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC/IPCC). Si les rapports successifs depuis les années 1990 martèlent la nécessité d’une transformation rapide de nos sociétés, les réactions oscillent entre inertie, résistances et capacité d’action. Dans ce contexte, le projet de Valérie Billaudeau s'est intéressé à la capacité de femmes et d'hommes à construire des projets communs. Pendant plus de deux ans, caméra au poing, la chercheuse a suivi des habitants, élus, agents de collectivités, entrepreneurs et associations accompagnés par le Collège des transitions écologiques et sociétales (CTS). Cette association travaillant depuis plusieurs années dans trois territoires des Pays de la Loire, a fait appel à une spécialiste de l’innovation sociale et de la coopération pour comprendre les processus qui rendent ces transformations possibles. L'objectif était non seulement d'observer les projets réalisés mais aussi de comprendre les mécanismes qui permettent leur émergence : l'engagement des acteurs, les apprentissages collectifs, les incertitudes rencontrées et les ajustements permanents qui caractérisent toute transition.

Filmer les processus plutôt que les résultats

Une démarche originale de recherche-création a été mobilisée avec le documentaire de recherche qui constitue simultanément un support de collecte de données, un espace d'analyse et un moyen de restitution scientifique. En combinant observation participante, entretiens filmés et suivi d'événements, la caméra permet de documenter ce que les méthodes classiques saisissent difficilement : les regards, les silences, les émotions, les gestes, les hésitations, les formes d'écoute ou les négociations qui accompagnent les décisions collectives.

Ces images deviennent de véritables traces de l'action. Elles permettent de comprendre non seulement ce qui s'est produit, mais aussi comment cela s'est construit. L’image documente des dimensions souvent invisibles dans les comptes rendus ou les entretiens retranscrits : les ajustements permanents, les rapports de confiance ou les apprentissages qui s'élaborent au cours des échanges. 

Le documentaire va donc au-delà de l’illustration d’une recherche déjà réalisée : il participe directement à la fabrication des connaissances scientifiques. 

Contact

Valérie Billaudeau
Maîtresse de conférences HDR en sciences de l’information et de la communication, Espaces et Sociétés (ESO, CNRS / Université d’Angers / Institut Agro / Le Mans Université / Nantes Université / Université Caen Normandie / Université Rennes 2)