Alexandra PierreGéographe de la mer
Ambassadrice la Science taille XX elles, édition Pays de la Loire
Alexandra Pierre est post-doctorante de Le Mans Université au laboratoire Espaces et sociétés1 . Elle cherche à identifier les meilleures pratiques en matière de ré-ensauvagement côtier en Europe, une solution basée sur la nature2 qui invite à repenser les usages des territoires littoraux. Caribéenne, elle s’appuie sur ses ancrages géographiques et culturels pour nourrir une approche scientifique plus ouverte au monde.
Etudiante ingénieure-architecte à l’Université d’État d’Haïti, Alexandra Pierre assiste en 2011 à une conférence scientifique sur l’écologie. Là, une rencontre fortuite la convainc de suivre un programme de plongée sous-marine avec l’organisation Reef Check. Sous la surface, elle découvre « l’horizontalité, l’absence de pesanteur, le sentiment de liberté ». Un déclic qui résonne alors avec son histoire familiale : un grand-père pêcheur, un autre impliqué dans le (dé)chargement des marchandises des navires au quai, la présence quotidienne de femmes commerçantes de produits de la pêche. Ses origines familiales, doublées du hasard de la vie, orientent durablement ses recherches vers l’océan, et les sociétés littorales et insulaires.
Après un master en chimie, parcours Eau et environnement, elle quitte alors les Caraïbes pour l’École supérieure du professorat et de l’éducation de l’Université Clermont-Auvergne. Alexandra Pierre évolue depuis à l’interface entre recherche, diplomatie environnementale et engagement international, avec une attention particulière portée aux populations locales et aux femmes. Elle travaille aujourd’hui sur la conservation marine, les politiques climatiques et les dynamiques sociales des territoires côtiers dans l’idée de « permettre à la mer de reprendre sa place, que les flux et reflux des vagues puissent se faire dans des conditions optimales ». Elle s’intéresse notamment à l’acceptation sociale des politiques de conservation des littoraux par les populations locales de différents territoires côtiers européens et caribéens « Pour les populations locales, le retour de la mer est souvent perçu comme une perte de territoire imposée par des décisions éloignées de leur quotidien », souligne-t-elle, regrettant l’accès parfois limité aux enquêtes de terrain.
Entre la France et Haïti, le Nord et le Sud, et à l’interface de plusieurs disciplines pour penser la résilience des territoires insulaires, Alexandra Pierre porte ainsi une vision inclusive de la sororité, intégrant la question du genre dans la gouvernance des ressources naturelles : « On voit souvent la femme à la barre, mais on oublie toutes celles qui l’ont aidée à tenir le cap ». Convaincue que la science a besoin de diversité incarnée, elle souhaite offrir aux jeunes filles, notamment afro-caribéennes, des figures auxquelles s’identifier.