© Vincent Moncorgé – CNRS / Femmes & Sciences

Solune Denis, Marianne Curely et Yuetong FangMathématiciennes

Ambassadrices la Science taille XX elles, édition Pays de la Loire

Marianne Curely, Solune Denis et Yuetong Fang sont doctorantes de l’Université d’Angers au sein du Laboratoire angevin de recherche mathématiques1 . Mécanique quantique, statistiques des événements extrêmes et géométrie complexe, toutes trois étudient des domaines très différents. Mais elles partagent le même engagement : faire des mathématiques un espace plus ouvert.

Au croisement des mathématiques et de la mécanique quantique2 , Marianne Curely s’intéresse à une équation aux dérivées partielles bien spécifique : l’équation de Schrödinger, fondamentale pour décrire le comportement des particules à l’échelle de l’infiniment petit. « Comme ce type d’équations admet rarement des solutions explicites, j’étudie des solutions approchées appelées paquets d’ondes qui permettent de comprendre le mouvement quantique tout en respectant le principe d’incertitude. Ce principe explique qu’on ne peut pas mesurer simultanément et avec une précision parfaite la position et la vitesse ». Autrement dit : plus l’une est connue précisément, plus l’autre devient floue. Après ses classes préparatoires aux grandes écoles à Epinal (88), Marianne Curely poursuit ses études à l’Université Marie-et-Louis-Pasteur à Besançon (25) - licence, magistère, et master - en mathématiques générales et fondamentales. Aujourd’hui, l’enseignement occupe une place essentielle dans son parcours, nourrie par l’influence de plusieurs femmes qui l’ont encouragée et lui ont montré que ces disciplines étaient accessibles aux filles. Elle, qui a toujours aimé les math, fait découvrir aux élèves de licence à l'Université d'Angers des concepts de mathématiques comme le calcul différentiel ou l’analyse numérique.

Solune Denis, elle, étudie la théorie des valeurs extrêmes. Elle cherche notamment à modéliser des événements rares comme les crues exceptionnelles, les vagues de chaleur, ou les crashs financiers. « Je m’intéresse à l’estimation de quantités situées tout au bout des distributions de probabilités, là où les données sont peu nombreuses mais les enjeux et les risques majeurs », particulièrement en assurance. Son parcours est lié au hasard. Attirée par de nombreuses disciplines au lycée à la Réunion, où elle a grandi, passée par une classe préparatoire qui ne lui correspondait pas, elle a longtemps hésité. Elle envisage un temps le journalisme, avant de découvrir en licence que faire des mathématiques, et seulement des mathématiques, c’est cela qui lui convient. Cette trajectoire faite de bifurcations nourrit aujourd’hui un message qu’elle tient à transmettre : « il n’est pas grave de ne pas savoir tout de suite ce que l’on veut faire, ni de se tromper ».

Yuetong Fang travaille en géométrie complexe, une branche des mathématiques qui étudie les variétés complexes, des espaces abstraits dont la sphère est un exemple simple et intuitif. Ses recherches s’appuient sur des équations comme les équations de Monge - Ampère ou les équations hessiennes complexes. « J'analyse les solutions de ces équations pour mieux comprendre ces espaces complexes. J’essaie par exemple de comprendre leur forme et leur courbure, même si on ne peut pas les visualiser directement ». Formée d’abord en Chine, puis arrivée en France pour son master et sa thèse, elle a dû composer avec la barrière de la langue et un environnement où les femmes restaient très minoritaires. Son expérience lui a appris l’importance d’oser : aller parler à un enseignant, poser une question, demander un stage peut suffire à infléchir une trajectoire. 

« Quand nous sommes ensemble, nous parlons relativement peu de maths, par rapport à d’autres sujets » s’amuse Yuetong Fang. « Mais c’est rassurant d’être toutes les trois, de se soutenir mutuellement » ajoute Solune Denis. « Et nous partageons une même conviction : les sciences se construisent aussi par le collectif, la transmission et la diversité des parcours » insiste Marianne Curely. 

  • 1Larema, CNRS/Université d’Angers
  • 2La mécanique quantique est une théorie qui décrit les phénomènes physiques dans le monde de l’infiniment petit, à l’échelle des atomes.